Paysages(?)
Exposition collective à la médiathèque de La Riche
Du 30 novembre au 18 décembre 2010,
« Paysages ? »
...Vous avez dit « Paysages? »...?
Il n'y a pas de paysage naturel.
Sans entrer dans une histoire du paysage qu'on pourrait faire remonter au néolithique, avec l'invention de l'agriculture, le paysage est produit d'une opération perceptive, autrement dit socio-culturelle. Et c'est l'art pictural qui a formé le regard paysager. La naissance du paysage est liée à une médiation par l'art, à un processus d' « artialisation », notion que le philosophe Alain Roger emprunte à Montaigne et qui permet de passer du pays ( pagus, en latin) au paysage.
Ainsi, en Chine ancienne, la peinture de paysages constitue le genre le plus « noble » de la peinture chinoise classique où se trament les conceptions micro et macrocosmiques de l'univers. Ce n'est pas un art figuratif d'après modèle, mais un précipité de l'état d'esprit du peintre.
En Occident, c'est dans la peinture flamande (fin XVe, début XVIe siècle) que naît le concept de paysage tel que nous le connaissons.
Certes, au fil du temps, des époques, des mouvements littéraires et picturaux, le concept a tellement été exploité qu'on peut parler d'un effet de saturation face à cette notion.
Et, à première vue, on pourrait s'étonner que les artistes de l'Artothèque Centre-Val-de-Loire aient choisi, cette année, pour leur exposition de décembre, un thème aussi classique et convenu. Il n'en est rien. En cette période de grands bouleversements, virtuels ou autres, jamais cette notion n'a été si actuelle..., dans les préoccupations écologiques, rurales et urbanistiques, d'une part, - voir les distinctions entre paysage et environnement , dans Le Jardin planétaire de Gilles Clément -, mais aussi dans le langage quotidien : pas une journée sans qu'on nous parle des paysages politiques, médiatiques, du sacro-saint « paysage audio-visuel »...On disparaît sous les avalanches de « paysages » de toutes sortes, affublés des qualificatifs les plus divers.
Alors pourquoi ne pas s'inscrire, à son tour, dans le paysage ? Pourquoi ne pas, de nouveau, réinterroger le concept, quitte à le dévisager, à le « dépaysager » de fond en combles ?
Henri Michaux s'écriait, dans Mes Propriétés :
« Autrefois, j'avais le respect de la nature, je me mettais devant les choses et les paysages et je les laissais faire. Fini. Maintenant, J'INTERVIENDRAI. »
Eh bien, l'Artothèque va faire de même et on va voir !
Chantal Colombier